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30 octobre 2025 · Larissa Bombardi

Le colonialisme chimique, c'est le pesticide qui revient dans votre assiette

Le colonialisme chimique, c'est le pesticide qui revient dans votre assiette

La thèse du Colonialisme chimique, développée par la géographe Larissa Bombardi, n'est pas seulement un concept académique ; c'est une dénonciation géopolitique du commerce mondial des pesticides. Le cœur de cette thèse est le transfert du risque : des industries établies dans les pays centraux du système économique international, notamment dans l'Union européenne, vendent au Brésil des pesticides qui sont interdits sur leurs propres territoires. Cette stratégie permet au Nord global de maintenir des normes sanitaires élevées pour ses citoyens, tout en tirant profit de l'exportation de la toxicité vers les nations du Sud, comme le Brésil.

Le coût de cette asymétrie est documenté dans les Atlas de Bombardi, qui démontrent qu'environ 30 % des ingrédients actifs autorisés au Brésil sont bannis dans l'Union européenne. Le fossé réglementaire est criant : le Brésil autorise une limite de résidu de glyphosate dans l'eau potable 5 000 fois supérieure à la limite européenne.

Cette disparité transforme la population brésilienne en sous-humains aux yeux des grandes entreprises. Mais le cercle du pesticide ne se referme pas dans les campagnes brésiliennes ; il revient : une grande partie des commodities agricoles produits avec ces produits chimiques (comme le café, le soja et le jus d'orange) est exportée vers l'Union européenne. La toxicité revient dans l'assiette du consommateur mondial, mais le fardeau de la contamination de l'eau, du sol et des travailleurs ruraux demeure entièrement au Brésil. Le combat de Larissa Bombardi vise à faire reconnaître cette injustice et à ce que le coût de la toxicité retombe sur les entreprises responsables, et non sur la vie de millions de personnes.